Metz : « On frappe nos enfants, on ne les bat pas »

Elle reste mutique, lui s’explique maladroitement : un couple du Pays messin a été condamné pour maltraitance sur quatre de ses enfants.

Il n’y a que ce père pour saisir la nuance. « On les frappe mais on ne les bat pas. » Les regards pantois se répandent dans la salle du tribunal correctionnel, jeudi soir. Interrogé, ce père et beau-père n’a pas su expliquer cette distinction très personnelle, qui en dit long…

Il le reconnaît. Il distribue fréquemment des claques et des coups de pied. Sa conjointe, mère de cinq enfants âgés de 9 mois à 10 ans, utilise, aussi, des objets : le manche du balai pour frapper sur la tête de ses aînés ou « le truc à chaussures », un chausse-pied télescopique. Les gifles, les coups et les insultes interviennent « plusieurs fois par semaine » dans le pavillon du Pays messin.

À la barre, l’entrepreneur dit avoir pris conscience de ce « problème dans le mode éducatif et mode de gestion des conflits » quand il a passé deux nuits en garde à vue.

Sévices réguliers

Le 15 décembre 2017, l’école primaire du village lance l’alerte. La veille, les trois aînés de la fratrie sont absents. Quand ils reviennent, les hématomes ont ressurgi sur leur visage. Un signalement avait déjà été envoyé au printemps. Cette fois, les gendarmes récupèrent les enfants, le 19 décembre, à la sortie de l’école. Depuis, ils sont placés au Centre départemental de l’enfance.

La mère a vraisemblablement des difficultés à intégrer l’évidence. Elle emploie le ton incisif caractéristique de ceux qui ne reconnaissent pas leur faute. Encore moins leur culpabilité. Pourtant, les éléments sont nombreux. La présidente, Valérie Rossburger, les énumère. Les médecins légistes ont listé les traces, cicatrices et brûlures. Ils décomptent des dizaines de « lésions cutanées traumatiques d’origine et d’âge différents » dans le dos, au sommet du crâne, à l’intérieur des cuisses.

La plus grande raconte les sévices réguliers dont elle avait interdiction de parler. L’oreille de son frère en sang quand maman l’attrape. Ce tournevis jeté en pleine poitrine par son beau-père. Les privations de goûter ou de petit-déjeuner, les punitions. Elle évoque aussi les disparités de traitement. Le plus jeune frère, âgé de 3 ans, le préféré à qui ont fait des câlins. Et elle à qui on impose des tâches ménagères quand les autres dînent.

La mère « n’a pas de remords »

Hadrien Baron, pour le ministère public, s’inquiète. « Vous semblez ignorer que frapper un enfant est interdit. Une petite fille de 10 ans qui dit qu’elle veut changer de famille, je n’ai jamais vu ça. » Du jamais vu également pour l’avocate des enfants, Me Zakia Ait Ali Slimane. « Je n’ai jamais vu deux parents cogneurs. Dans un couple, il y en a toujours un qui protège. Souvent la mère. Là, c’est elle la plus dure. C’est une mère défaillante, extrêmement froide. […] Elle n’a pas de remords. » Une mère au foyer, âgée de 29 ans, « débordée » et entrée « dans une spirale de violences banalisées », selon son avocat, Me Mehdi Adjemi.

Pour stopper « ce caractère répétitif », un soutien s’impose. Le tribunal l’a compris. Le père a été condamné à 10 mois d’emprisonnement avec sursis avec mise à l’épreuve, dont une obligation de soins. Un an, pour la mère. Avec, pour les deux, un stage de responsabilité parentale. Un juge pour enfants se penchera prochainement sur la garde des cinq enfants.

Lisa Lagrange (Le Républicain Lorrain)

 

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