Violences conjugales : « Si je te perds, autant que je perde le bébé »

La veille du 14 juillet, Cyrille Somera Moti est chez son frère à Saint-André. L’alcool coule à flot. De la bière mais aussi du Bourbognac. Tout le monde picole jusqu’à plus soif. Le prévenu, son frère et la compagne de ce dernier. Celle de Cyrille n’aurait bu que de la bière. C’est déjà pas mal vu qu’elle est enceinte. Mais le pire est évidemment à venir. Sinon, Cyrille Somera ne se serait pas retrouvé hier matin en comparution immédiate pour répondre de violences volontaires sur sa compagne en état de récidive légale.

Chez les Somera, alcool et violences conjugales semblent faire bon ménage. C’est donc le frère du prévenu qui ouvre les hostilités en s’en prenant à sa régulière. Il finit par faire voler une chaise dans sa direction. Manque de chance : c’est la fille de la belle-sœ“ur qui écope. Elle est blessée au visage. Celle-ci sort en trombe de la salle de bains. Elle croit que c’est son mec à elle – Cyrille – qui a dégainé la chaise. Le ton monte et elle dit à ses enfants de plier bagages.

Elle aurait sans doute dû réfléchir avant d’accuser à tort un Cyrille Somera gonflé comme une outre. Il se met à la frapper avec le creux de la main, bien qu’elle soit enceinte. Les coups se mettent à pleuvoir. Comme elle se défend et l’atteint d’un gnon au visage, il voit encore plus rouge. Il l’étrangle au point, dira-t-elle aux gendarmes, qu’elle a eu « la langue tirée ». « J’ai eu très peur », précisera-t-elle. Puis son rustre de concubin lui colle son pied sur le ventre en lâchant cette phrase terrible : « Si je te perds, autant que je perde le bébé. » Il ressort encore de l’enquête qu’il a pris la fâcheuse habitude de l’insulter et de l’humilier depuis qu’elle est enceinte comme si elle était désormais sous sa coupe.

C’est le frère – loin d’être un tendre avec madame – qui mettra fin au cauchemar en mettant le violent à la porte. À l’audience, la victime change de braquet. Elle minimise la scène de violence. Finies les menaces sur elle et le bébé à coup de pied. Finies les menaces de morts du style : « Si tu me quittes, je te retrouve et je te tue. » Et de supplier les larmes aux yeux : « Je veux retirer ma plainte. » Alors, la future maman est devenue comme amnésique. Pourtant, l’implacable liste de ses blessures dit l’inverse. Une douzaine de lésions, hématomes et dermabrasions répartis sur tout le corps témoignent d’une scène violente.

Le prévenu lui-même a reconnu l’avoir empoigné par les cheveux puis traîné au sol pour mieux la frapper. Me Catherine Moissonnier, en partie civile, garde le cap. « Il faut protéger les gens malgré eux. » « Tous les clignotants de la violence sont au vert. Elle est sous son emprise », déplore-t-elle. Pourtant, poursuit le conseil, « elle dit qu’elle a besoin de lui pour s’occuper de leur enfant. » Et l’avocate de conclure : « J’espère qu’elle ne fera pas un jour la première page des faits-divers sous un drap blanc. »

La vice-procureure Catherine Séry est tout sauf dupe quand elle décrit « le comportement d’un homme des cavernes » avant de rappeler que quatre compagnes sont décédées suite à des violences conjugales depuis le début de l’année. Me Briot note que le comportement de son client est « impardonnable » tout en indiquant que « les compagnes en rajoutent parfois ». Elle s’appuie évidemment sur le revirement partiel de la victime. En dépit de sa plaidoirie et de la lettre d’excuse concoctée par le prévenu, la condamnation tombe avec trois ans de prison dont un an avec sursis et mise à l’épreuve avec obligation de soins, de trouver un emploi et de ne pas détenir d’arme pendant cinq ans.

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