Rennes : Livrée à son violeur par ses parents, elle attaque l’Etat pour inaction, les services sociaux de l’enfance mise en cause

Karine Jambu et sa tante estiment que la justice a commis une faute en la laissant dans sa famille défaillante. La décision est attendue ce lundi.

L’histoire de Karine Jambu est celle d’une fillette dont l’enfance a été massacrée, élevée dans une famille où elle a été délaissée, humiliée, maltraitée… avant d’être livrée par ses parents à un pédophile, un « ami » qui vivait sous leur toit et a abusé d’elle quand elle avait entre 5 et 8 ans. En juillet dernier à Rennes (Ille-et-Vilaine), son agresseur Roland Blaudy, 65 ans, a été condamné pour viols à trente ans de réclusion criminelle. Ses parents, poursuivis pour l’avoir menacée et empêchée de parler, à deux ans de prison avec sursis pour Anne-Marie Jambu, trois ans dont six mois ferme pour son époux.

Karine, aujourd’hui âgée de 21 ans, et sa tante Laurence Brunet, qui l’a adoptée, ont encore soif de justice. Elles ont attaqué l’Etat pour faute lourde, estimant qu’elle n’aurait jamais dû être maintenue au domicile de ses parents. La décision est attendue ce lundi.

Le procès aux assises, éprouvant, avait mis en lumière les cruels manquements dans le suivi de Karine, dont ni les services sociaux, ni les gendarmes, ni la justice, n’ont su voir qu’elle était en danger, en dépit d’une multitude d’alertes et de deux enquêtes judiciaires, vite refermées.

14 signalements et 2 enquêtes de gendarmerie

En l’écoutant depuis le banc de la partie civile, Laurence Jambu, qui a remué ciel et terre pour sauver sa nièce, soupire en repensant à toutes ces années de gâchis, ces occasions perdues : quatorze signalements et deux enquêtes de gendarmerie, restés lettres mortes. C’est tout le paradoxe de ce dossier, qui cumule impuissance et aveuglement des services d’aide à l’enfance comme de la justice. Car, à sa naissance en 1997 d’une mère déjà condamnée pour infanticide qui la délaisse ouvertement, Karine fait d’emblée l’objet d’un suivi.

« Nos services ne travaillent pas le week-end »

« Monsieur a la gifle facile », « madame ne montre aucun geste d’affection », « comportement hypersexualisé » et « jeux très inappropriés entre la mère et sa fille »… Les rapports se suivent, mais rien n’y fait, pas même ce nouveau signalement, alors que Karine, âgée de 6 ans, vient de pratiquer une fellation sur deux camarades. Le juge des enfants décide de la maintenir au domicile de ses parents.

C’est pourtant précisément à cette époque que les abus de Roland B. ont lieu, deux à trois fois par semaine. Mais la travailleuse sociale, qui passe alors des heures à leur domicile, remarque à peine que les Jambu hébergent un homme. « Madame m’a dit que c’était un ami de la famille et juste pour quelque temps », justifie cette femme qui n’a « rien vu, rien décelé ». « Karine en avait parlé, cela figure dans les dossiers ! » insiste l’avocat de Laurence Jambu, Me Patrice Reviron, auprès de l’ancienne directrice de l’aide à l’enfance. « Oui mais sans plus, rétorque celle-ci, entre courroux et fatalisme. Un certain nombre de choses se passaient le week-end. Et nos services ne travaillent pas le week-end. »

Avec LP et AFP

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