Un professeur de sport de 50 ans est jugé ce mardi après-midi à Grenoble pour « homicides involontaires », deux ans et demi après le décès dans une avalanche de deux lycéens lors d’une sortie de ski qu’il encadrait aux Deux Alpes (Isère).

Le 13 janvier 2016, deux lycéens de 16 ans et un Ukrainien de 46 ans avaient été retrouvés morts dans une coulée qui s’était déclenchée à leur passage, peu avant 16h00, sur un secteur hors piste de la station.

L’avalanche, qui avait progressé sur une piste noire fermée en raison du risque, de niveau 3 sur une échelle de 5 – et dont l’accès était encadré d’une signalétique dissuasive en plusieurs langues -, avait également enseveli deux autres skieurs, dont l’enseignant. Ce dernier encadrait alors un groupe de dix élèves de première d’un lycée lyonnais en stage d’une semaine au sein de la station. Il avait été extrait polytraumatisé, tandis qu’un autre lycéen s’en était sorti indemne.

« Je n’aurai jamais dû encadrer ce stage »

Mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, le professeur – qui n’enseigne plus – n’a pas été suspendu par l’Éducation nationale mais a fait l’objet d’une procédure disciplinaire.

Face à la cour, il a expliqué qu’il venait à l’époque de reprendre le travail après une grave dépression et que son maintien sous médication l’avait « probablement empêché » de juger correctement du danger de la piste noire sur laquelle le groupe s’est engagé ce mercredi-là. « Je n’aurai jamais dû encadrer ce stage », a-t-il ajouté d’une voix basse et hésitante, ses cheveux poivre et sel noués en catogan. « J’étais sous antidépresseur. Ce n’était pas moi, j’étais dans un état second. Les élèves m’ont sollicité et je n’ai pas été en capacité de leur refuser ce plaisir. J’étais passif, suiveur », a-t-il encore avancé, pointant, « avec le recul », un « comportement inconscient ».

Durant son audition, l’enseignant souvent décrit par ses élèves comme « cool » et manquant d’autorité a contesté l’expertise psychologique menée durant l’instruction, qui avait conclu que son état psychologique du moment n’avait pu altérer son discernement.

Pas suspendu par l’Éducation nationale

Mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, le professeur – qui n’enseigne plus – n’a pas été suspendu par l’Éducation nationale mais a fait l’objet d’une procédure disciplinaire. En mars dernier, le parquet de Grenoble avait requis son renvoi devant le tribunal correctionnel après deux ans d’enquête, lui reprochant notamment son manque d’autorité et un « manquement à une obligation de prudence et de sécurité ».

Dans son réquisitoire, il a estimé que le professeur de sport a « totalement » failli « dans sa mission d’encadrement » et commis « une faute caractérisée » en exposant ses élèves à « un risque d’une particulière gravité qu’il ne pouvait ignorer ».

Aucune poursuite n’a en revanche été engagée contre l’Éducation nationale – « aucune faute manifeste » n’a été relevée -, ni la station des Deux Alpes, qui avait correctement signalé la fermeture de la piste et averti du risque avalancheux, a argumenté le parquet.

Avec AFP 

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