Plusieurs associations ont appelé à un rassemblement vendredi à 18 heures à Besançon où le meurtre de Razia, une Afghane de 34 ans poignardée à mort ce mardi, suscite une vive émotion, d’autant que son mari, suspect N.1, est toujours en fuite.

« C’est un rassemblement pour les gens qui souhaitent manifester leur amitié à Razia ainsi que leur soutien aux femmes victimes de violence et à celles et ceux qui s’en occupent », a déclaré Christine Perrot, présidente de l’association Solidarité Femme, à l’origine de l’appel.

Plusieurs plaintes, le mari remis en liberté

Logée depuis un an dans un appartement par cette association qui accompagne les femmes victimes de violences conjugales, Razia a été tuée en pleine rue à Besançon de plusieurs coups de couteau au torse et au cou alors qu’elle revenait de ses courses.

Cette mère de trois enfants de 9, 12 et 16 ans – les deux plus jeunes font désormais l’objet d’un placement provisoire décidé par le parquet de Besançon- avait porté plainte à quatre reprises contre son mari.

A Marseille, où elle vivait avant d’être exfiltrée par une autre association à Besançon, elle avait signalé les violences à son encontre et entamé une procédure de divorce ainsi qu’une démarche d’obtention de titre de séjour. L’homme a réussi à retrouver sa trace au printemps.

« Les enfants l’ont aperçu lors d’un trajet en bus et ils l’ont signalé à Razia. Ils étaient terrorisés et ne sont pas allés à l’école pendant 3 mois, de peur d’un rapt », a raconté Christine Perrot.

« Le mari a été entendu par la police et laissé en liberté. Notre parole n’a pas suffit parce qu’il manquait des preuves matérielles, mais nous savions que la menace était urgente », a-t-elle souligné.

Razia a tout de même obtenu en juillet une ordonnance de protection délivrée par un juge des affaires familiales, interdisant à son mari de l’approcher. « Une fois que l’ordonnance de protection a été obtenue, la justice aurait dû sévir pour concrétiser la sanction, pour qu’il arrête de la poursuivre », estime cependant Christine Perrot.

« Il n’a pas fallu longtemps à ce monsieur pour donner un coup de couteau là où il fallait », s’attriste-t-elle. Les coups ont entraîné la mort de la victime par rupture de l’aorte, selon une source judiciaire.

Dans une interview donnée à Europe 1, Christine Perrot décrit la victime comme une personne « adorable, positive et souriante » qui s’apprêtait à participer à un stage d’autodéfense car « elle se sentait menacée ».

Un appel à témoin 

Le parquet de Besançon a lancé mercredi un appel à témoins pour retrouver son mari, un Afghan de 38 ans, « suspect numéro un ».

« L’exploitation d’une caméra de la ville de Besançon a permis de mettre en évidence la présence d’un individu qui suivait la victime (…). L’exploitation plus fine de l’ensemble des moyens de vidéo protection a confirmé qu’il s’agissait de son mari », a expliqué Etienne Manteaux, procureur de la République de Besançon, mercredi lors d’une conférence de presse.

« Le suspect mesure 1,75 mètre et porte un tatouage sur l’épaule droite », a précisé le commissaire Charly Kmyta, chef de la sûreté départementale de Besançon.

123 femmes tuées par leur conjoint en 2016

Parmi les éléments qui nourrissent les soupçons des enquêteurs à l’égard du mari, figure l’absence de vol de tout objet personnel de Razia lors de l’agression. « Le caractère crapuleux de l’agression est exclu », a ainsi estimé Etienne Manteaux.

« Toute personne susceptible de faire avancer l’enquête est invitée à contacter le commissariat de police de Besançon », a rappelé Charly Kmyta.

« Ce qui est inquiétant et me met en colère, c’est que cette femme avait déposé plainte à plusieurs reprises et sa vie lui a été arrachée », a relevé Laura porte-parole d’Osez le Féminisme Doubs qui se joindra à l’initiative de Solidarité Femmes.

A Besançon, l’émoi est important deux jours après le drame survenu aux alentours de midi dans un quartier à l’ouest de la ville.  En 2016, 123 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-compagnon en France, soit environ une tous les trois jours.

Avec AFP

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