Après avoir étranglé sa mère au Havre, il sort de prison

Justice. Parce qu’il était « fatigué », « usé », « à bout » après avoir passé des mois et des années à s’occuper de sa mère très âgée, son fils l’a étranglée en février 2017 au Havre. Mis en examen pour « meurtre sur ascendant » et placé en détention provisoire pendant onze mois, le septuagénaire vient d’être libéré.

«C’est une décision exceptionnelle, confie une source judiciaire. Mais c’est la force de la justice de rendre une décision exceptionnelle lorsque le contexte est exceptionnel. » Alors qu’il reconnaît avoir tué sa mère de 95 ans en février 2017 au Havre, alors qu’il encourt la réclusion criminelle à perpétuité, Jean-Pierre Lance a été libéré de prison après avoir passé seulement onze mois en détention provisoire. Contre l’avis du ministère public, la cour d’appel de Rouen a confirmé la remise en liberté. Le septuagénaire, qui n’a aucun antécédent judiciaire, avait préparé son sac au cas où il devrait retourner derrière les barreaux…

Jean-Pierre Lance a étranglé sa mère, dans la nuit du 5 au 6 février 2017. Vers 4 h, comme elle le faisait toutes les nuits, plusieurs fois par nuit d’ailleurs, Jeanine a appelé son fils pour faire ses besoins. C’était la fois de trop. « Fatigué »« usé », « à bout » après avoir passé des mois et des années à s’occuper de sa mère, le retraité l’a tuée. Étranglée. La veille des faits, il avait dit à sa sœur qu’il « n’en pouvait plus ».

« Mon client était exténué »

« Il n’en pouvait plus de s’occuper de sa mère très âgée, dont l’état de santé se dégradait à cause d’un cancer, a plaidé son avocat Me Abdel Alouani devant la chambre de l’instruction. Il n’en pouvait plus des soins, des allers-retours permanents des « aidants » au domicile, il n’en pouvait plus de se lever la nuit. Mon client, M. Lance, était exténué. Alors, cette nuit-là, cela s’est fait d’un coup… Il a voulu la libérer, et sans doute aussi se libérer. » Le fils est passé à l’acte, avant de tenter de se donner la mort en avalant de l’eau de javel. L’infirmière, qui venait le matin prodiguer les soins à la nonagénaire, a ensuite prévenu les secours.

À l’audience, l’avocat général Patrice Lemonnier a requis le retour en prison du fils meurtrier :« C’est un dossier complexe mais quand même… On ne tue pas les gens comme ça ! Cette dame de 95 ans était âgée, toutefois elle n’était pas grabataire, elle n’était pas à l’article de la mort. M. Lance n’a cherché aucune solution avant de tuer sa mère. Et puis, la strangulation a duré de quinze à vingt minutes, ce n’est pas fait pour abréger la souffrance de quelqu’un… »

La cour d’appel de Rouen n’a pas suivi l’argumentation du ministère public, préférant confirmer la libération de l’auteur du matricide. Jean-Pierre Lance est retourné dans sa maison située dans la grande banlieue du Havre, une maison qu’il connaît peu puisqu’il vivait chez sa mère depuis des années. Célibataire, sans enfant, il avait une relation fusionnelle avec elle.

À l’issue de l’instruction – qui devrait être rapide puisque les faits ne sont pas contestés -, cet homme de 71 ans devrait être renvoyé devant la cour d’assises de la Seine-Maritime. Sa sœur, qui visitait régulièrement leur mère, s’est portée partie civile, mais elle n’accable pas son frère. Me Abdel Alouani n’a pas souhaité faire de commentaire sur la décision rendue par la chambre de l’instruction.

Source :  Paris Normandie

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