Fiona: Tout aurait pu être évité selon les associations de protection de l’enfance

Lors de ce quatrième jour d’audience, les personnels de l’école de Fiona, les médecins des parents et plusieurs proches, amis et voisins, du couple ont été entendus. Tous ont pu se poser des questions sur le mal-être de la fillette sans pour autant donner l’alerte.

Le Puy-en-Velay, France

La cour entendait ce jeudi l’entourage de Fiona au moment de sa prétendue disparition en mai 2013 à Clermont-Ferrand. Une journée d’audience où le jury pu se rendre compte de la manière dont la petite fille vivait, son comportement à l’école,  -également en apprendre plus les derniers jours avant sa disparition. Et si personne n’avait vu de marques de violence avant le mois de mai 2013, pour les avocats des parties civiles, cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y en avait pas.

Une petite fille pleine d’énergie, très indépendante

Elisabeth, l’institutrice de la petite fille à l’époque, s’avance la première à la barre. Elle décrit une fillette « pleine d’énergie, avec du caractère, intelligente, très indépendante. »Elle admet que Fiona était souvent absente, 48 demi-journées dans les semaines précédant son décès, mais elle assure qu’elle n’a jamais vu de coups sur le corps de la petite fille, le médecin scolaire non plus. Interrogée par le président, elle revient sur le mardi de la semaine précédant la disparition, Fiona portait ce jour-là un bandeau jaune qui lui donnait le « teint pâle » mais elle n’a jamais imaginé que cela pouvait cacher un hématome. L’institutrice fait part de sa lassitude à la barre, elle est entendue pour la troisième fois en un an et demi par une cour d’assises dans cette affaire, « c’est compliqué d’en parler, cela fait quatre ans. A la fin de l’audience, je souhaite ne plus jamais en parler. »

Je n’ai rien vu de particulier sur son visage » – une Atsem de l’école de Fiona

Ce sont ensuite deux des Atsem (agent territorial spécialisé des écoles maternelles) de l’établissement scolaire où était scolarisée Fiona qui viennent témoigner. Les deux femmes sont toujours aussi émues quand elles évoquent la petite fille. Nathalie la décrit d’une voix faible, « Fiona était un peu envahissante, gentille comme tout. Pas réservée du tout. » Ce que confirme sa collègue, Céline, « elle dégageait de la force mais pouvait être sensible, notamment dans ses rapports avec les adultes. » Les deux femmes ont noté que la petite fille était particulièrement pâle la semaine précédent les faits mais Nathalie précise, « je n’ai rien vu de particulier sur son visage. Au toucher elle n’avait pas d’hématome. » C’est aussi toute la difficulté dans cette affaire, personne n’a vu de signes de maltraitance mais ce n’est pas pour autant qu’il n’y en avait pas note les avocats des parties civiles.

Les médecins du couple à la barre

Le médecin traitant de Fiona et de sa mère vient à son tour à la barre, comme lors des deux précédents procès devant les Assises, le docteur Fontaumard répète qu’il n’a jamais constaté le moindre signe de maltraitance sur le petite fille lors de ses examens. Il a seulement remarqué « un détachement plutôt surprenant pour la gravité de la situation » de la part de Cécile Bourgeon quand il l’a vu en consultation après la disparition de Fiona.

Un autre médecin s’avance ensuite, le docteur Laffont, c’était le médecin traitant de Berkane Makhlouf qu’il suivait pour son traitement substitutif aux stupéfiants. Une nouvelle fois, le président revient sur la fameuse « lettre » rédigée par le médecin pour justifier une future longue absence de Fiona à l’école le vendredi précédent sa disparition. Le couple lui avait expliqué qu’ils comptaient déménager à Perpignan et qu’ils avaient besoin d’un document pour en justifier auprès de l’école. Le médecin insiste ; il ne s’agit pas d’un certificat médical mais d’une lettre puisqu’il n’avait pas examiné la petite fille qui n’était pas présente ce jour-là. Ce document n’a jamais été retrouvé par les enquêteurs.

Si vous avez vu Fiona ce vendredi, vous auriez pu peut-être éviter ce qu’il s’est passé » – Mr Portal au médecin

L’avocat général prend la parole, il demande au médecin s’il délivre souvent des documents de ce type « à la demande de ses patients. » Pour Raphaël Sanesi de Gentile, le médecin n’a pas à justifier une absence scolaire auprès d’une administration. Me Portal, avocat d’Enfance Majuscule, partie civile, rappelle que le médecin avait parlé dans sa première audition d’un certificat médical et que si cela avait été le cas, il aurait pu être poursuivi. « Dites nous aujourd’hui si vous l’avez pas l’impression d’avoir fait une erreur en délivrant un certificat médical ? Si vous aviez vu Fiona ce vendredi, vous auriez pu peut-être éviter ce qu’il s’est passé. » L’avocat insiste, il voudrait que le professionnel de santé reconnaisse son erreur, « je suis très étonné de votre légèreté docteur, » les avocats de la défense s’agacent. Le médecin se défend « oh, ça va hein, vous essayez de jouer sur mes sentiments, c’est malsain ! »

La disparition de Fiona c’est le 12 mai, la visite chez le médecin le 10 et il n’y a pas de lien ? » – Me Grimaud avocate d’Innocence en danger

Me Grimaud prend la parole et demande des précisions à Berkane Makhlouf qui confirme les propos du docteur Laffont, « il nous a dit qu’il ne pouvait pas faire un certificat médical car il n’avait pas vu la personne. » Me Grimaud continue et s’adresse fermement à Berkane Makhlouf, « la disparition de Fiona c’est le 12 mai, la visite chez le médecin le 10 et il n’y a pas de lien ? » La défense proteste. Lors des premières auditions, Cécile Bourgeon avait expliqué que Fiona n’était pas avec eux car à l’époque elle n’allait pas bien après les coups de son compagnon. Dans le box ce jeudi, elle semble épuisée, « j’ai les oreilles qui sifflent, je vais tomber dans les pommes, » dit-elle, à-l’avocate demande une suspension d’audience accordée par le président.

Passe d’armes et tensions entre les avocats

Au retour de la cour, Me Grimaud questionne Cécile Bourgeon, elle veut savoir pourquoi le couple a demandé un document administratif pour une absence de 21 jours précisément. Elle sous-entend que Fiona n’allait pas bien du tout ce jour-là, les avocats de la défense protestent avec véhémence. Le terme, régulièrement repris, de certificat médical gêne le docteur Laffont qui finit par s’en émouvoir. Le ton monte entre les avocats des parties civiles, ceux de la défense et même l’avocat général qui prend la parole pour critiquer la tournure que prennent les débats. Le président ramène le calme « quelle image donnons-nous de la justice ? »

Quand les gens ont raison, même si ça ne me plait pas, je le dis » – Cécile Bourgeon

La cour entend ensuite Angélique en visioconférence, c’était une amie de Cécile Bourgeon au moment des faits, elles habitaient dans le même quartier et leurs enfants étaient scolarisés ensemble. Elle raconte leur relation, explique qu’elle gardait parfois Fiona, elle s’exprime clairement et précise qu’elles se sont éloignées quand la mère de la petite fille a rencontré Berkane Makhlouf.

Alors que le président l’interroge, Angélique demande « je peux donner mon avis sur tout, vraiment ? » Le président acquiesce, elle enchaîne : « pour moi c’est elle et je pense que Berkane est plus le suiveur on va dire. C’est une grande manipulatrice (…) Elle n’a jamais pleuré, pour moi c’est pas humain. J’espère sincèrement que la justice sera faite et rendue pour Fiona et qu’elle aura ce qu’elle mérite. » Dans le box, l’air toujours aussi absent, Cécile Bourgeon ne s’énerve pas mais répond sèchement, « elle ferait mieux de balayer devant sa porte. C’est la haine qui parle. Quand les gens ont raison, même si ça ne me plait pas, je le dis. »

Des questions sans réponse sur le bandeau jaune

C’est au tour de l’employée d’un cinéma de témoigner, le 8 mai, quelques jours avant la fausse disparition de la petite fille, elle a croisé les deux accusés accompagnés de Fiona et de sa petite soeur qui venaient pour une séance. C’est elle qui s’est manifestée aux enquêteurs, elle avait été très perturbée par la mine et l’air de la petite fille ce jour là, « j’ai senti que cette petite fille n’était pas bien c’est tout. » Elle explique d’ailleurs qu’elle n’a pas reconnu Fiona sur les photos diffusées à sa disparition tellement son visage était marqué. Elle avait noté « une trace bleue, une bosse au niveau du crâne » dit-elle et ajoute « elle était complètement éteinte, on n’a pas l’habitude de voir les enfants comme ça. »

La cour regarde les photos issues de la vidéosurveillance du centre commercial où la famille apparaît, on y voit Fiona avec le fameux bandeau jaune évoqué également par l’employée du cinéma. S’ensuit un débat sur la possibilité que le bandeau donné par Cécile Bourgeon ne soit pas celui que portait Fiona. Me Grimaud avait dit son étonnement plu tôt dans la journée à ce sujet ;  « c’est celui que vous avez remis et scientifiquement, il n’aurait jamais été porté par Fiona. Nous en tirerons toutes des conséquences. » 

La journée d’audience s’est achevée avec l’audition de Cindy, une voisine du couple. Il lui arrivait de garder les filles de Cécile Bourgeon, parfois même sans que leur mère le lui ait demandé. Elle raconte, « Cécile s’occupait de ses filles, faisait à manger, les amenait à l’école. Mais lorsqu’elle sortait elle ne me prévenait pas, je découvrais en fait que les filles restaient seules le soir. J’avais un double des clés alors je les gardais ». Cindy décrit aussi une femme qui oubliait tout le reste quand elle était amoureuse, « pour moi, on peut lui faire croire tout et n’importe quoi à Cécile. Elle est manipulable, naïve. » A Me Grimaud qui l’interroge au sujet de ce témoignage, Cécile Bourgeon rétorque « vous êtes perverse, je ne vous aime pas du tout. » Les échanges entre avocats se tendent à nouveau alors que se termine cette fin de longue journée.

Les débats reprendront ce vendredi matin avec les auditions du reste de l’entourage, notamment le milieu toxicomane. Le procès doit durer jusqu’au 9 février.

Source France Bleu

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.